NBA

Caruso, Robinson, VanVleet… de « no name » à la fame

Depuis plusieurs années, les intersaisons se succèdent et se ressemblent de plus en plus. À l’ère où les joueurs stars sont prêts à bouleverser les projets d’une franchise pour former leur propre Superteam entre copains All-NBA, construire sur le long terme devient compliqué. S’ajoute à cela une ligue surmédiatisée, qui ouvre ainsi la porte à la critique facile lorsqu’une équipe n’atteint pas les objectifs qu’elle s’était fixés – ou que la communauté basket lui avait fixé. On en oublierait presque qu’il n’existe qu’un trophée de Champion pour 30 franchises. La concurrence très rude laisse alors souvent place à des équipes déçues dès leur élimination des Playoffs.

Sur quel élément chaque organisation peut-elle s’appuyer pour remporter la compétition ? L’été dernier encore, plusieurs duos de franchise players ont été réunis au sein des mêmes équipes. Et pourtant, alors qu’il n’en reste plus que deux pour décrocher le titre en cette saison 2019-20, ce sont bien les collectifs soudés et bien coachés qui sont allés le plus loin dans la compétition. Le basketball n’est pas un sport individuel. Et même si une organisation mise sur sa ou ses stars pour gagner, chaque joueur se tient responsable — à son échelle — du sort de son équipe.

Cet article s’intéresse à des athlètes dont on ignorait l’existence. Ces mêmes joueurs, capables d’alterner entre une performance en G-League sans que l’on en parle et une entrée en jeu sous les projecteurs de la NBA. Les Anonymous devenus famous.

Des compléments avantageux

Aujourd’hui, il n’est pas rare de retrouver un voire plusieurs joueurs non draftés dans une équipe visant le titre NBA. Et cela s’explique de bien des manières.

Au sein d’effectifs où des All-Stars ou futurs All-Stars sont grassement payés, il faut arriver à finaliser son roster avec le cap restant. Qui plus est, dans une NBA où l’on aime entourer son Franchise Player de joueurs aux rôles bien définis, un tas de basketteurs peuvent trouver sneaker à leur pied. Arrière artificier, pivot amateur de pick and rolls ou encore ailier spécialisé dans des missions défensives de haut rang : beaucoup d’équipes en raffolent !

Recruter des « No Names », les tester, c’est quelquefois s’assurer d’avoir un professionnel restant à sa place et toujours volontaire au sein d’un effectif — qui se bat davantage pour se frayer un chemin dans la ligue.

Avant de devenir champion NBA et All-Star, Pascal Siakam évoluait en ligue mineure. En 2017, le devenait d’ailleurs champion et MVP de D-League avec les Raptors 905. (Photo : Ron Turenne/NBAE via Getty Images)

Une hype légitime

On pourrait se demander si l’on n’en fait pas un peu trop avec certains de ces joueurs. Si on ne les voit pas plus forts qu’ils ne le sont réellement. Pour autant, la hype qui suit ces sportifs révélés tardivement est largement compréhensible. Quel fan n’aurait pas envie de se lier d’amour pour un athlète mis de côté par le système NBA à qui on donne finalement sa chance ? Dans chaque franchise, un joueur « surprise » devient rapidement la coqueluche des fans, principalement à travers les réseaux sociaux.

Une valorisation qui ne fait pas de mal à lire sur ces médias souvent remplis de commentaires négatifs. Lorsqu’on connaît la NBA et la manière dont elle communique, il n’y a rien d’étonnant à voir éclore une telle mise en avant, parfois de très courte durée. Une NBA sans un tel storytelling ne serait plus la NBA.

Point assez intéressant à noter sur ces non draftés propulsés sur le devant de la scène médiatique : on se rend compte que bien souvent ces derniers évoluent à des postes extérieurs. Dans une période où l’on préfère scooter et drafter des jeunes aux profils atypiques, des tas de bons basketteurs aux dimensions moins impressionnantes sont zappés à tort. Une donnée à prendre en considération pour expliquer leur révélation tardive, mais justifiée.

Quelques cas concrets aux carrières variées

Spencer Dinwiddie of the Brooklyn Nets at Barclays Center in New York City. (Photo by Steven Ryan/Getty Images)
Spencer Dinwiddie sur le parquet des Nets de Brooklyn. (Photo by Steven Ryan/Getty Images)

Spencer Dinwiddie – Dans cette liste non exhaustive figure en premier lieu le combo guard des Nets, finaliste du MIP en 2018, Spencer Dinwiddie. S’il y a bien un basketteur qui rentre dans cette discussion, c’est lui ! Drafté en 38e position par les Pistons en 2014, il passe quelques années en back up de Reggie Jackson. Auteur de belles performances, parfois à plus de 20 points ou en double-double, il part néanmoins à de nombreuses reprises se former en Development League, devenue la Gatorade League — encore une histoire de marketing !

Plus tardivement, à l’âge de 24 ans, il éclot enfin : sous les couleurs blanches et noires des Nets. Un temps lieutenant de D’Angelo Russell, il fait encore partie du salivant projet KD-Kyrie que Brooklyn s’apprête à expérimenter d’ici 2021. Pièce maîtresse, parfois titulaire, parfois remplaçant, le champion du Skills Challenge 2018 a désormais trouvé sa place en NBA. Son évolution est un exemple à suivre pour bon nombre de joueurs, surtout pour ceux qui rejoignent la NBA pour des motifs financiers – c’est-à-dire presque tous. Alors qu’il a longtemps côtoyé les contrats à moins d’un million de dollars — l’équivalent du SMIC en NBA —, il s’est vu offrir une légère promotion salariale méritée, c’est-à-dire 35 millions de dollars répartis entre 2019 et 2022.

L’engouement pour Alex Caruso est devenu le péché mignon des fans des Lakers. (Photo : Katharine Lotze/Getty Images)

Alex Caruso – Le joueur à l’allure de ton comptable ou prof de maths (selon les âges) est un exemple parfait du « No Name » qui passe au premier plan. Il s’est révélé être une seconde option plus qu’intéressante à la mène des Angelinos. Après deux belles saisons au scoring avec les South Bay Lakers, il s’est fait une place de choix au sein de la meilleure équipe de Los Angeles. Coéquipier modèle, réelle dynamite en sortie de banc et auteur de quelques actions de hautes voltiges, les fans des Purple and gold l’ont tout de suite adoré. Souvent associé à LeBron James lorsqu’il grappille sa vingtaine de minutes par match, il bonifie l’impact du King – comme le montre son plus/minus, quiest bien plus élevé lorsque Caruso est sur le terrain. Une qualité qui fait de lui un joueur réellement important de la rotation de Frank Vogel.

Le numéro 4 du Lake Show surfe sur une hype incroyable, parfois totalement démesurée. En décembre dernier, à l’aube de la révélation des All Stars 2019-20, il apparaissait dans le Top 10 des votes des Guards par les internautes. Un sacré privilège pour un joueur qui évoluait encore en ligue mineure il y a à peine deux saisons. Cette folie montre néanmoins que les nombreux fans des Lakers ne sont pas doués d’objectivité toute l’affection que porte la communauté NBA à ce type de joueurs.

Duncan Robinson face à LeBron James en Finales NBA. (Photo : Jesse D. Garrabrant / NBAE via Getty Images)

Duncan Robinson – Avant son arrivée dans la grande ligue, Robinson lui-même n’était pas sûr d’avoir sa place dans le monde du basket professionnel. En 2017, alors qu’il jouait à Michigan, il avait même contacté un rédacteur de The Ringer dans l’idée d’entamer une carrière dans le journalisme sportif. En 2018, Duncan Robinson se présente à la Draft, mais il n’est jamais appelé. Miami lui propose tout de même un contrat pour la Summer League, qui deviendra ensuite un two-way contract avec le Skyforce de Sioux Falls. Au début de la saison, Robinson profite d’une ouverture causée par quatre blessures pour se faire une petite place dans l’effectif du Heat. En NBA, ses performances sont discrètes. Mais en G-League, il se fait remarquer avec une moyenne de 21,4 points par match, à 51,4% au tir dont 48,3% à trois points, qui lui vaudront une sélection dans la All-NBA G League Third Team. Il n’en faut pas plus au Heat pour lui offrir un contrat standard de deux ans.

Robinson est aujourd’hui titulaire et joue une trentaine de minutes par match aux côtés de Jimmy Butler et Bam Adabeyo. Il a été un élément clé du collectif tout au long de la saison et en Playoffs. Sans toutefois briller, le shooter du Heat joue même un rôle important dans les Finales face aux Lakers. En troisième division de NCAA, Duncan Robinson n’était personne. Après trois ans de première division et un an de G-League dans un doute constant, il a fini par exploser en NBA pour se faire une place dans la meilleure ligue du monde, en partant de rien.

Daniel Theis, actuel pivot titulaire des Celtics. (Photo : Michael Dwyer/AP Photo)

Daniel Theis – L’exemple du Celtic Daniel Theis est tout aussi intéressant, tant il est différent des divers profils préalablement cités. L’intérieur allemand a fait ses premiers pas sur les parquets NBA à l’âge de 25 ans, lors de la saison 2017-18. À la Draft 2013, aucune franchise ne le sélectionne. Il poursuit alors sa jeune carrière dans son pays natal. Là-bas, il collectionne les titres nationaux de 2014 à 2017 avec son club bavarois. Recruté il y a trois ans à Boston, il devient une pièce indispensable du cinq majeur de Brad Stevens.

Lors de ces Playoffs 2020, il a parfaitement respecté le rôle qui lui a été attribué. Libérateur d’espace pour ses coéquipiers talentueux et shooter correct en attaque, il est également un défenseur acharné, intelligent et polyvalent. Daniel Theis mérite ses quasi 20 minutes par match. Alors que son prédécesseur Al Horford touchait 28 millions de dollars l’année passée, notre Babtou sous-coté coûte, lui, 15 fois moins à la franchise du Massachusetts cette saison. Une économie non négligeable pour une contrepartie plus que profitable à l’organisation aux 17 trophées.

Fred VanVleet drives past Golden State's Stephen Curry. VanVleet personifies the resilience shown by many Raptors players. (Thearon W. Henderson/Getty Image)
Fred VanVleet lors des Finales NBA de 2019. (Photo : Thearon W. Henderson/Getty Image)

Fred VanVleet — Comment faire l’impasse sur celui qui nous a inspiré ce papier, celui aussi qui a le mieux réussi ? J’ai nommé Fred VanVleet. Aka le sosie officiel de l’homme qui a besoin d’une dance, Drake ! Fredderick Edmund, de son prénom complet, arrive en 2016 à la Draft NBA en tant que joueur automatiquement éligible. Néanmoins, aucune franchise ne le sélectionne ce soir-là. Quelques semaines plus tard, la franchise de Toronto le signe pour participer à la Summer League — une opportunité que bon nombre de jeunes joueurs ont eue sans pour autant faire carrière en NBA par la suite. Au terme de la compétition d’été, il intègre officiellement le roster de l’équipe principale — à la quatorzième place vacante, une aubaine.

Passé un temps par l’équipe G-League de la franchise pour faire ses preuves, c’est lors de la saison 2018-19 qu’il confirme ses qualités de meneur-shooter plus qu’utiles pour l’équipe canadienne. Personne n’a oublié son importance dans la courte rotation de Nick Nurse au cours des Playoffs dans lesquels Toronto a remporté l’unique titre de son histoire. Il tourne aujourd’hui à plus de 17 points de moyenne, un step up assez impressionnant ! Fidèle à lui-même, ce feu follet a de nouveau donné corps et âme à la franchise des Dinos. Une caractéristique que l’on retrouve assez fréquemment pour tous ces « No Names ».

Il s’est donc installé une certaine tendance en NBA, les coachs et staffs n’hésitent plus à aller chercher des joueurs de la ligue mineure. En les incorporant à leur système, cela leur évite le recrutement d’un basketteur à salaire et ego plus élevés. Cette belle preuve de confiance montre qu’à tout âge, à tout moment de sa carrière, un professionnel de la balle orange reste un professionnel et sait se donner les moyens de réussir.

Photo : Yong Teck Lim/Getty Images

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