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La NBA est de retour, le genou à terre

« Vous verrez la ligue agir à l’unisson », déclarait Paul George pendant le shootaround des Clippers, un peu plus tôt dans la journée. « Vous aurez rapidement un aperçu de cela, de ce que sera notre message. » Et une NBA unie a effectivement posé un genou à terre avant le premier match de cette saison inédite, un geste symbolique qui revêt actuellement une grande importance.

Sur le parquet de la HP Field House, pendant l’hymne national, les Pelicans, le Jazz et les arbitres se sont agenouillés le long de la ligne de touche pour protester contre les injustices raciales. « Black Lives Matter », trois mots inscrits sur le T-shirt noir porté par tous, mais aussi sur le parquet de la salle. Alors qu’une basse hip-hop et quelques riffs de guitare dans le style de Prince venaient donner comme un nouveau sens à l’hymne américain, certains d’entre eux ont brandi le poing vers le ciel.

« Je respecte l’acte unifié de protestation pour la justice de nos équipes et, dans ces circonstances inédites, la règle de longue date exigeant de rester debout pendant l’hymne national ne sera pas appliquée », a immédiatement communiqué Adam Silver, commissioner de la NBA, dans un e-mail. Établie en 1981, la politique de la NBA dispose que « les joueurs, les coachs et les entraîneurs doivent se tenir debout et s’aligner, dans une posture digne, le long des lignes de touche ou de la ligne de fond » pendant l’hymne national. Une procédure qui semble, dans le contexte actuel, totalement dérisoire.

Une fois relevés, les joueurs ont retiré leur T-shirt pour exhiber leur maillot. Sur celui de Mike Conley, la phrase « I’m a man » (je suis un homme) remplaçait son nom. Rudy Gobert, lui, a opté pour « Equality » (égalité), tandis que Zion Williamson a choisi le mot « Peace » (paix).

Bien entendu, l’affiche du soir — qui opposait les deux équipes de Los Angeles — a commencé de la même manière : des joueurs agenouillés, cherchant à faire passer un message. LeBron James, Anthony Davis, Kawhi Leonard et Paul George, certaines des plus grandes stars du sport américain, en faisaient évidemment partie.

Les joueurs des Lakers et des Clippers mettent un genou à terre pendant l’hymne national (via TNT)

Premier acte : Pelicans – Jazz

« Whole New Game », c’est le slogan choisi par la NBA pour la reprise de la saison, momentanément stoppée par la pandémie, dans la bulle d’Orlando. Sur les côtés du terrain, des écrans affichaient ce soir la vidéo de fans des Pelicans connectés à l’application NBA — l’avantage de l’équipe « à domicile ».

Dans la forme, cette rencontre n’avait rien de bien différent des matchs d’entraînement que nous avons pu voir jusqu’ici. De très légères modifications ont été apportées dans l’organisation : l’ajout d’une protection sur le sifflet des arbitres afin d’éviter la propagation de leur salive et de plus grands bords de terrain, adaptés aux caméras.

Rudy Gobert, dont la positivité au COVID-19 avait mené à la suspension de la saison, a ironiquement ouvert le score du premier match, opposant les Pelicans au Jazz. Face aux Pelicans, c’est un collectif totalement désorienté, avec un cruel manque d’adresse (23,5 % à trois points sur 34 tentatives), qui s’est présenté ce soir-là. Malgré les 23 points de Clarkson, mais aussi les 20 points de Conley et de Mitchell, le Jazz a bien failli laisser la victoire aux jeunes de La Nouvelle-Orléans. Mené de huit points au début du troisième quart-temps, Utah a entamé une remontée ponctuée par les deux lancers francs de Rudy Gobert, qui ont donné l’avantage aux siens à sept secondes de la fin.

Orphelin de Bojan Bogdanovic, opéré au poignet en mai, le Jazz a connu quelques problèmes de vestiaire pendant l’arrêt de saison. « C’était une expérience surréaliste », explique le coach du Jazz, Quin Snyder. « Nous avons probablement nos deux meilleurs joueurs, certainement deux joueurs clés, qui ont été tous les deux testés positifs, et pas le reste du groupe en voyage. Et puis vous partez et vous vous séparez pendant trois mois. Rudy et Donovan ont fait face au virus à leur manière… Je pense que pour notre groupe, non seulement notre alchimie est bonne, mais elle évolue, c’est mieux. »

Rudy Gobert et Donovan Mitchell, les deux joueurs majeurs du Jazz. (Photo : Melissa Majchrzak/Getty Images)

Les Pelicans, qui font partie des équipes en quête d’un barrage qualificatif face aux Grizzlies, ont donné leur maximum pour passer le cap des 3,5 matchs d’écart nécessaires pour obtenir une chance d’accéder aux Playoffs. Ce soir, l’effectif des Pelicans était encadré par JJ Redick (21 points) et Jrue Holiday (20 points), deux vétérans précieux pour cette jeune équipe.

Mais a « Whole New Game », c’est aussi un Zion Williamson à 13 points à 6-8 au tir en 15 minutes de jeu – dont 5 points dans les premières 1 : 30. Évidemment, le rookie providentiel de Louisiane était accompagné par Brandon Ingram (23 points et 8 rebonds à 7-20 au tir), qui a malheureusement manqué le tir décisif dans les dernières secondes. Les Pelicans sont désormais à 4 matchs des Grizzlies (8e) et 0,5 des Blazers et Kings (9e et 10e).

La bataille de Los Angeles

Environ 20 minutes avant le début de la rencontre, un groupe de joueurs s’est assis sur les bords du terrain sur lequel ont joué les Lakers et Clippers. Parmi eux, Damian Lillard, CJ McCollum, DeMar DeRozan, Kyle Lowry, Chris Paul et Carmelo Anthony, venus assister au match.

Comme pour le Jazz, le pivot (JaVale McGee) a ouvert le score. Dès le départ, il était possible de distinguer les échanges entre joueurs et arbitres. « C’est pas vrai ! C’est pas vrai ! », répétait notamment Patrick Beverley à Scott Foster.

Tout comme le Jazz, les équipes de Los Angeles manquaient de repères pour ce premier match. À la mi-temps, elles cumulaient 35 fautes — 19 pour les Clippers et 16 pour les Lakers. Privés de Lou Williams et Montrezl Harrell, les hommes de Doc Rivers comptaient déjà 12 pertes de balle dans une confrontation qui semblait à première vue désordonnée.

Ce sont d’abord LeBron James (16 points à 6-19 au tir, 11 rebonds et 7 passes à la fin du match) et Anthony Davis (34 points, 8 rebonds) qui ont pris la main sur la rencontre, avec une avance de 12 points dans le premier quart. Mais Kawhi Leonard (28 points, 2 interceptions et 2 contres) et Paul George (30 points et 3 interceptions à 11-17 au tir) ont refusé de s’avouer vaincus.

À la fin du match, les équipes — presque à égalité — se rendaient coup sur coup, avec un léger avantage pour les Lakers. Mais c’est un Paul George glacial qui est venu égaliser sur un trois points à moins de 30 secondes du buzzer.

C’était bien sûr sans compter sur le King, qui a immédiatement rattrapé son floater raté pour apporter la victoire aux siens. Une rencontre excitante, un match palpitant, ce qui nous manquait depuis des mois.

La NBA est bien de retour. Dans la bulle, nous retrouvons à la fois le sport que nous connaissons, mais aussi — comme le suggère la ligue elle-même — une expérience inédite. Michele Roberts, directrice exécutive du syndicat des joueurs « ne sait pas » si les athlètes continueront de s’agenouiller pendant l’hymne au cours de la saison. « Cette décision appartient totalement aux joueurs », précise-t-elle. Mais compte tenu du degré d’engagement montré par certains d’entre eux pendant la pause de la NBA, ces actions pourraient être perpétuées jusqu’à la fin de la saison.

Photo : Ashley Landis-Pool/Getty Images

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