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La NBA face au meurtre de George Floyd

Crédit : Sam Hogg

George Floyd, homme noir de 46 ans, est mort ce lundi 25 mai face contre terre, le cou sous le genou d’un policier blanc. Soupçonné d’avoir utilisé un faux billet de vingt dollars dans une épicerie, il est interpellé par quatre policiers, menotté et plaqué au sol. Il est maintenu à terre par le policier Derek Chauvin, qui fait pression sur le cou de Floyd avec son genou.

La scène est filmée par des passants. « S’il vous plaît, s’il vous plaît, je n’arrive pas à respirer », l’entend-on dire. Les images traversent le monde, qui ne tarde pas à réagir. Tandis que les messages de soutien et actions se multiplient, les joueurs de la NBA ne pouvaient pas rester silencieux face à ces événements.

D’après certains Américains, le rôle des sportifs n’est pas de s’exprimer sur ce genre de problèmes. Mais révoltés par une violence policière qui s’apparente clairement à un crime raciste, les athlètes de la ligue nord-américaine ont refusé de se taire. LeBron James aurait pu « se taire et dribbler », comme lui avait conseillé la journaliste de la Fox Laura Ingraham en 2018, mais il a préféré rappeler le geste symbolique de Colin Kaepernick, quaterback de la NFL qui avait mis le genou à terre pendant l’hymne américain, en signe de protestation contre les violences policières et le racisme. Le message d’un joueur, parmi ceux de nombreux autres.

Jaylen Brown, Donovan Mitchell, et l’ancienne joueuse Lisa Leslie — entre autres joueurs de basket — faisaient eux aussi partie des nombreux athlètes à s’exprimer sur leurs réseaux sociaux. Profitant de leur influence pour dénoncer le meurtre de Floyd.

À Minneapolis, théâtre de l’événement, c’est la voix du champion NBA Stephen Jackson qui s’est fait entendre. D’abord sur les réseaux sociaux, puis lors d’un rassemblement, il demande justice pour son proche ami George Floyd. À la mairie de la ville, il est accompagné par deux joueurs des Timberwolves — Karl-Anthony Towns et Josh Okogie — lorsqu’il s’exprime sur ce drame. « Tout ce qu’il a dit était vrai », déclare Okogie. « Je suis fier qu’il ait pu entrer à l’hôtel de ville et pouvoir le faire devant le monde entier. »

« Je suis ici parce qu’ils ne vont pas dégrader l’homme qu’était George Floyd, mon jumeau. Souvent, quand la police commet des actes et sait qu’elle est en tort, la première chose qu’elle fait est de chercher à se couvrir en dévoilant des choses pour faire comme si ce qu’ils avaient fait en valait la peine. Quand un meurtre a-t-il jamais été digne ? Mais s’il s’agit d’un homme noir, il est approuvé. Vous ne pouvez pas me dire, quand cet homme a son genou sur le cou de mon frère — lui ôtant la vie, la main dans la poche — que ce sourire en coin ne dit pas : “Je suis protégé”. »

Naturellement, les membres de l’organisation des Minnesota Timberwolves condamnent ces actes et soutiennent leurs joueurs. « C’est un acte terrible qui doit être condamné », commente le président des opérations basket Gersson Rosas, qui a déclaré vouloir aider les joueurs, le staff et l’organisation pour réagir de manière appropriée. De son côté, le coach Ryan Saunders est resté à l’écoute des joueurs et de leurs émotions. Il a essayé, du mieux qu’il pouvait, de les comprendre et de les aider, malgré le fait qu’il n’ait jamais vécu ce genre de choses en tant qu’homme blanc. « J’ai dit aux joueurs que je veux juste être à l’écoute en ce moment parce que je ne sais pas ce que cela fait », explique-t-il. « Ça fait mal, parce que tant de personnes que j’aime ont dû faire l’expérience d’un certain manque de bénéfice du doute. Ce n’est pas juste ».

Stephen Jackson lors d’une manifestation à Minneapolis ce vendredi. Photo : Stephen Maturen/Getty Images

Évidemment, les prises de parole ne se limitent pas au Minnesota. De nombreux joueurs se sont fait entendre dans les médias au sujet du meurtre de Floyd. Parmi eux, Kareem Abdul-Jabbar, auteur d’une tribune dans le Los Angeles Time : « Le racisme en Amérique est comme de la poussière dans l’air. Il semble invisible — même si vous vous étouffez avec — jusqu’à ce que vous laissiez entrer le soleil. Ensuite, vous voyez qu’il est partout. » Des mots forts, qui reflètent l’opinion « des gens poussés à bout. »

Le coach des Pistons, Dwane Casey, prend lui aussi la parole sur le racisme aux États-Unis. Il s’inquiète pour les générations futures, notamment pour son fils de 8 ans. « Je vois le monde dans lequel il grandit… est-ce que ça a vraiment changé depuis mon époque ? », s’interroge-t-il. « Combien de fois sera-t-il jugé ? Est-ce qu’il se sent compris et entendu ? Est-ce qu’il se sent impuissant ? Est-ce qu’il sera traité comme George Floyd ? Qu’avons-nous fait en 54 ans pour que son monde soit meilleur que celui que j’ai connu à 8 ans ? Nous devons vraiment tous faire mieux. »

New York, San Francisco, Miami, Atlanta, Philadelphie, Seattle, Chicago, Columbia, Los Angeles… Dans de nombreuses villes américaines, les habitants sont passés des mots aux actes. Dans plus de 75 villes, d’après le New York Times, ils manifestent contre les bavures policières et les disparités raciales.

Parmi les manifestants, Karl-Anthony Towns, Dennis Smith Jr, Tobias Harris, Josh Okogie et Jordan Clarkson. Brown — imité par Malcolm Brogdon et Justin Anderson — a conduit pendant 15 h pour rejoindre les manifestations d’Atlanta depuis Boston. « Le fait d’être une célébrité, un joueur NBA ne m’exclut absolument pas de ces débats », explique le joueur des Celtics. « D’abord, et avant tout, je suis noir et un membre de cette communauté. […] Nos voix doivent être entendues. J’ai 23 ans. Je ne connais pas toutes les réponses. Mais je ressens ce que tout le monde ressent, c’est certain. Ça ne fait aucun doute. »

Jaylen Brown, manifestant à Atlanta.

Jaylen Brown et Malcolm Brogdon, les deux vice-présidents de l’association des joueurs, ont pris la parole au milieu de la foule. Conscients du poids de leur parole, ces stars du monde sportives ont décidé de mettre leur impact à profit de plus grandes causes. « C’est un moment important. On a de l’influence aujourd’hui », explique Brogdon. « On vit un moment historique. Dans quelques années, les gens nous regarderont, nos enfants nous regarderont et ils diront : “On était là” ».

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