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Interview : Arthur Framery, fondateur de Frenchy Associate

Depuis 2012, Frenchy Associate propose aux jeunes de 7 à 20 ans de participer à des stages de basket sortant de l’ordinaire. Entre matériel, encadrement et immersion, tout est mis en place pour offrir une expérience unique à tous les participants. L’idée ? Amener « l’élite pour tous », mettre le « rêve américain » à portée de main des associations sportives. Arthur Framery, président de Frenchy Associate, a aujourd’hui accepté de répondre à nos questions.

Créateur du concept, Arthur tire son inspiration des États-Unis. Là-bas, il a notamment eu l’occasion d’entrer dans le circuit sportif universitaire, représentant Mississippi Valley State University en première division en NCAA. Le basketball a toujours été au centre de sa vie.

L’Analyste : Est-ce que tu peux nous parler de toi et de ton histoire avec le basket ?

Arthur : J’ai commencé le basket au plus jeune âge, à 4 ans. Mes parents sont plutôt grands, donc les deux avaient fait du basket. J’ai eu des facilités dès le départ, ce qui m’a permis de suivre un cursus de “haut niveau” mis en place par la fédération. Le rêve a grandi avec moi et j’avais envie de devenir basketteur. Je suis passé par le centre de formation, puis aux États-Unis, où j’ai passé le bac. À l’université, je jouais en NCAA, et j’ai commencé à aimer les études grâce à leur système, je me sens plus en phase avec la mentalité de ce pays. Je n’avais pas le niveau pour rester là-bas, mais je suis rentré en France avec toute cette expérience américaine. Aujourd’hui, j’essaie de partager les valeurs qui m’ont été inculquées dans notre projet, en me servant du basket comme d’un vecteur pour avancer dans la vie.

En 7 ans, le groupe a organisé 517 training camps à travers la France. Créé à titre associatif en 2013, le chemin a été long avant que Frenchy devienne ce qu’il est aujourd’hui. Naturellement, c’est à son expérience aux États-Unis et dans le monde du basket qui a poussé Arthur à lancer ce projet.

L’Analyste : Comment as-tu fondé Frenchy Associate ?

Arthur : J’avais un petit blog pour parler de ce que je faisais à l’Université, j’essayais d’entretenir un lien avec les gens qui me suivaient parce que je viens d’un petit club familial dans l’Essonne, à Igny. Les plus jeunes suivaient ça, mais c’était virtuel et je me demandais comment rendre la chose un peu plus concrète. J’ai dit à ma mère, qui était présidente du club : “on va organiser un stage d’une semaine, je vais faire venir mon coach de là-bas” et on a fait un premier camp comme ça, avec 35 enfants. Ça s’est très bien passé. L’année d’après on a voulu le refaire, mais ils étaient 85. Donc on a ramené d’autres intervenants américains.

Quand je suis revenu en France, je jouais en nationale 2, j’étais à plein temps sur le basket et j’ai commencé à ne plus m’y retrouver. J’ai commencé à monter la structure en parallèle, tout en jouant. Puis un jour, ça ne se passait pas très bien et le club pour lequel je jouais ne me rémunérait plus à cause d’une blessure. J’ai appelé une amie, qui travaillait chez Nike Basketball à l’époque, et je me souviendrais toujours de ce qu’elle m’a dit : “tu as un vrai projet dans les mains, donnes toi les moyens, vas-y”. Ça a eu l’effet d’une bombe. J’ai appelé mes proches, j’ai coupé mon contrat avec le club et je suis rentré. On est repartis de zéro, on a transformé l’association en entreprise, on a fait de notre activité un service à proprement parler et on l’a proposé à d’autres clubs.

L’Analyste : Les jeunes qui rejoignent vos camps passent le reste de l’année dans un club, avec un entraîneur, qu’est-ce que vous avez de plus à leur apporter que ces structures-là ?

Arthur : Pour répondre à des objections que j’ai pu entendre : on vient en complément, on n’est pas du tout en compétition avec les clubs. Je n’ai pas du tout la prétention de faire le travail que le coach fait toute l’année, ce serait prétentieux de ma part, d’autant plus que la plupart sont des bénévoles qui donnent de leur temps. On va vraiment s’intéresser à la technique des joueurs, tandis qu’eux sont vraiment là pour créer un groupe. Ils mettent en place des choses chez les enfants qui ne prennent pas une semaine, qui demandent beaucoup de temps. De notre côté, on va vraiment travailler les fondamentaux, on va essayer de les sortir un peu de leur zone de confort.

Le coach, à l’année, n’a pas forcément le temps et les moyens de faire ce travail individuel de manière intense. Donc pendant cette semaine-là on va le faire, le gamin on va lui faire faire des choses qu’il n’a jamais faites, notamment grâce à du matériel que les clubs n’ont pas et grâce à une mentalité différente, vraiment à l’américaine, portée sur le développement du joueur et du sens de la compétition. Tout ce qu’ils font outre-Atlantique, ils le font pour gagner, on entendra jamais un Américain dire “l’important c’est de participer”, ils ont des mœurs différentes. On essaie d’inculquer ces valeurs-là aux enfants, et on essaie aussi de leur offrir une expérience unique. On arrive avec un Américain, dans le village de Moncoutant dans les Deux-Sèvres, on casse les codes et on leur offre une expérience vraiment différente. 

L’Analyste : Concrètement, quand vous avez un jeune en face de vous, qui vient pour un de vos camps, quels sont vos projets pour ce joueur en particulier ?

Arthur : Le premier objectif c’est qu’il profite, on ne veut pas qu’il se sente frustré, on a vraiment le souci du détail et on essaie de proposer une prestation qui fera plaisir aux enfants. Le but, c’est qu’à la fin de la semaine il y ait un progrès. Nos camps sont très éclectiques, on peut avoir un U15 France et un U15 départemental, on fait des groupes de niveaux et on fait uniquement du travail personnalisé. Les coachs s’adaptent en fonction du niveau des joueurs. Ils ne seront jamais délaissés, ils vont travailler. Derrière, on peut leur proposer de faire des tournois avec nos équipes élites, si leur club et leur coach sont d’accord. C’est dans la continuité de nos camps, mais sur 3500 gamins sur nos camps, sachant qu’on part avec 10, voire 8 ou 9 pour maximiser le temps de jeu, donc ça ne concerne pas tout le monde. Je n’ai pas la prétention de leur proposer quelque chose de plus, juste de les faire travailler, de faire en sorte qu’ils prennent du plaisir et qu’ils reviennent au prochain camp.

Arthur et ses collaborateurs proposent une expérience personnalisée aux 16 000 participants depuis le début de l’aventure. Les chiffres parlent d’eux même : 93 % des jeunes reviennent pour un nouveau camp. La qualité de cette expérience, c’est le principal argument de vente de Frenchy :

« On n’a pas d’égérie, de Tony Parker ou d’Evan Fournier qui nous donne de la notoriété, donc on savait qu’il faudrait se faire un nom par nos prestations », explique-t-il. « Les arguments pour faire revenir nos joueurs, c’est l’encadrement humain et sportif, la qualité de notre service. »

« Tout est toujours dans un but éducatif. »

Au-delà des camps d’entraînement, Frenchy Associate forme également des équipes pour participer à des tournois internationaux. Les « Frenchy Phenoms » sont composés des meilleurs jeunes issus des camps. Ils se réunissent, le temps d’une compétition, pour affronter des collectifs du monde entier et vivre une expérience sportive hors du commun. Parmi les équipes rencontrées, certains des plus grands clubs de basket européens : Real Madrid, Baskonia Vitoria Gasteiz, Olimpia Milan ou encore Bayern Munich.

L’Analyste : Quelle était l’idée derrière la création de Frenchy Phenoms ?

Arthur : Au début, j’étais aussi sur les camps, évidemment. Je faisais ça avec des amis qui jouaient avec moi en première division à l’université. À chaque fois, on voyait des gamins super forts, au-dessus du reste, qui nous bluffaient. On se demandait si on ne pouvait pas faire un camp national, qui ne réunirait que les jeunes les plus talentueux, et on garde d’ailleurs cette idée dans un coin de la tête. On aimait vraiment voir ces joueurs se développer, et on se demandait comment les réunir. L’idée trottait depuis 6 ou 7 ans. Il y a quelques années, j’ai rencontré Isidore Fevry et, quand je lui ai parlé de cette idée, il m’a proposé de faire des équipes avec les jeunes les plus talentueux de nos camps. Tout est toujours dans un but éducatif. La victoire c’est la “cherry on the cake”, ce n’est pas pour ça qu’on y va. On a déjà perdu des tournois pour former des jeunes. Le gamin qui est bon, mais qui a une mauvaise attitude, il va s’asseoir et il va apprendre, ça nous est déjà arrivé de perdre pour ça.

L’Analyste : Donc, dans vos camps comme dans vos tournois, l’attitude et la mentalité des jeunes sont votre priorité ?

Arthur : L’attitude est au centre de ce projet, on demande une attitude irréprochable. Déjà, il faut savoir qu’ils sont habillés de la tête aux pieds en “Frenchy Associate”, avec un nouveau maillot à chaque match, donc c’est très flashy. Ils sont aimés par certains et détestés par d’autres, évidemment. Déjà, vous allez faire parler de vous par votre situation. Chaque match pour nous est une finale. À chaque match, l’équipe d’en face va sortir son meilleur jeu pour nous éliminer. Avec cette position-là, ils sont obligés d’être irréprochables, tout le monde nous regarde. Chaque erreur sera surlignée, amplifiée. Après, on met beaucoup de choses en place pour qu’ils se relâchent. Sur tous nos tournois, on travaille avec une sophrologue, Laura Desplaces, qui fait un travail incroyable. Elle travaille également avec des jeunes de l’INSEP et des sportifs de haut niveau, elle connait vraiment le milieu du basket. Elle fait un travail monstrueux et, pour moi, ça devrait aujourd’hui être obligatoire d’avoir un ou une sophrologue dans les centres de formation. Au début, j’étais assez dubitatif, mais en voyant ce qu’elle a fait avec des enfants sur 3 jours, j’ai tout de suite changé d’avis. Il faut le voir pour le croire.

Les camps de Frenchy Associate sont intégralement en anglais, avec des intervenants américains. Désormais, ils proposent également des camps à l’étranger en Espagne, aux États-Unis et en Serbie. Une immersion culturelle et linguistique, alliant sport et voyage.

L’Analyste : Pourquoi l’international est-il si important dans votre programme ? Et pourquoi mettre l’accent sur ce programme cette année ?

Arthur : Pour ça, il faut vraiment revenir à la base. En France, je suivais des cours en anglais comme tout le monde, mais je pense que ça ne donne pas les capacités de communiquer en anglais. Et je me prends en premier exemple ! Je suis parti aux États-Unis et mon niveau était tout simplement catastrophique, désastreux. Quand je suis arrivé à la fac, il y avait d’autres Européens, du même âge, mais ils étaient bien meilleurs en anglais. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose pour sensibiliser les enfants sur cette langue et changer la méthodologie d’apprentissage pour rendre ça plus ludique. Sur nos camps, on ne forme pas de bilingues, mais on essaie au moins de leur donner le gout de l’anglais.

Pour les camps à l’étranger, on répond simplement à une demande. Beaucoup de structures en proposent et notre objectif était de ramener l’étranger en France, plutôt que de faire l’inverse. C’est la première année qu’on part à l’étranger, le projet est encore humble. On part avec un groupe de 20 enfants aux États-Unis par exemple. On va se greffer à un camp, d’un ancien coach des Knicks, et qui fait son camp à Harlem. 5 jours de camp, puis 5 jours de visite, et on verra le match entre les Nets et les Bucks, avec la fan experience pour que les enfants fassent l’hymne national avec les joueurs, qu’ils soient au plus près d’eux. L’objectif c’est vraiment de les mettre au cœur de la culture américaine, de leur faire vivre une expérience américaine, de s’intégrer parmi les locaux. C’est une expérience culturelle avant tout. C’est la même chose avec l’Espagne et la Serbie, on a voulu aller dans des endroits où ça parle de basket. Ça reste évidemment des camps en anglais. D’où le nom “Immersion” de nos camps.

Retrouvez Frenchy Associate sur leur site web ou sur Instagram.

Photo : Frenchy Associate

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