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81 points de légende

À l’occasion de cette semaine hommage à Kobe Bryant, tragiquement décédé, L’Analyste revient sur la carrière d’une légende de la NBA. Attaquant talentueux, sa performance au scoring contre les Raptors l’a élevée au rang de monument du basket-ball. 

22 janvier 2006. Il y a 14 ans, Kobe Bryant entre dans la légende en exécutant l’une des prestations offensives les plus impressionnantes de tous les temps. Un événement hors normes qui a marqué à jamais l’histoire de la balle orange. À cette époque, les Lakers évoluent avec Lamar Odom, Kwame Brown et un certain numéro 24. Avec un bilan équilibré (22-19), Kobe tente de maintenir le collectif à flot à coup d’exploits individuels. En face, les Raptors sont à la peine (14-27), malgré la présence de Mike James et de Chris Bosh. Ce qui se passe ce jour-là au Staples Center appartient à l’histoire.

Un mois plus tôt, Bryant inscrivait 62 points contre Dallas en trois quart-temps et Phil Jackson le mettait au repos pour le dernier quart. Une décision fortement critiquée, car Kobe semblait tout proche d’une performance rare. Une trentaine de jours auront suffi pour effacer cette frustration.

Le match démarre sur les chapeaux de roue. Au bout de deux minutes de jeu, les Raptors assènent 8 points en 60 secondes avec un très bon James, présent à la passe et au scoring. Les joueurs de Toronto prennent rapidement les commandes de la rencontre, adroits et propres en transition. De leur côté, les Angelinos tergiversent et manquent de réussite, à l’image de cette séquence où Brown obtient par deux fois un rebond offensif pour tenter de marquer, en vain. Après sept minutes de jeu, Villanueva inscrit un lay-up autoritaire pour donner une avance de dix points aux Dinos. Kobe, discret jusqu’ici, joue des coudes dans la peinture pour aller chercher des fautes et rester à hauteur de ses adversaires du soir qui continuent de dérouler. Il marque 14 points et la fin du premier quart-temps est sifflée : 36-29. La domination au rebond de Bosh (5) a mis son équipe sur de bons rails.

Le match reprend avec une purge offensive. Pendant trois minutes, seuls deux points seront inscrits par les Raptors. Les jaunes et violets perdent trop de ballons et le rythme du jeu se ralentit. Le roster canadien défend bien et les Lakers déjouent totalement. Un seul homme garde le cap. Le Black Mamba met six des neuf shoots de son équipe avant la mi-temps (12 points) et monopolise la réussite. À force de dunks et de lay-ups, il impose sa présence physique et Toronto ne parvient pas à creuser suffisamment l’écart : 63-49.

Un récital offensif

De retour des vestiaires, la star des Lakers entame un véritable récital offensif. En effet, il ne rate que trois shoots pendant le troisième quart-temps. Lancé, il inscrit 8 points en moins d’une minute, en dégainant coup sur coup des shoots bien sentis derrière l’arc. En pleine confiance, il prend plus de risques à trois points, faisant mouche à chaque fois. Depuis le début de la rencontre, Kobe n’a presque rien manqué et son poignet ne faiblit pas. Portés par leur leader, ses coéquipiers retrouvent de l’adresse et le score s’équilibre. À 1 min 37 de la fin du quart-temps, Parker égalise sur un lancer franc converti. 85-85. Kobe continue d’enfoncer le clou et les Lakers prennent le lead pour la première fois du match. 85-91 avant le dernier virage. Les compteurs s’affolent, l’arrière de la Cité des Anges a déjà compilé 53 points. Pourtant ça n’est pas fini, le match est très serré et Phil Jackson décide de garder Bryant sur le parquet.

Photo : NBAE/Getty Images

Il le sait. S’il continue d’être constant, il écrira l’histoire. Pendant deux longues minutes, il peine à retrouver son rythme, comme rattrapé par l’enjeu. Bosh et James prolongent leurs efforts pour rester au contact. Après une faute de Parker, Mike James se rend sur la ligne des lancers francs et manque ses deux essais. Lamar Odom saisit le rebond et lance Kobe qui inscrit un jump shot en transition. Les Raptors repartent à l’attaque et Bryant s’élève pour venir bloquer un lay-up de Bonner. Time out. Retour sur le parquet et balle à Kobe. Avec un nouveau jump shot dont il a le secret, les Lakers prennent 10 points d’avance. Si huit minutes restent encore à jouer, le match semble plié.

« Je ne regardais pas ses stats. Je me suis tourné vers mon assistant en lui disant que je ferais mieux de le sortir. Il m’a répondu : “Je ne pense pas. Il en est à 77 points.” Je l’ai donc laissé jusqu’à ce qu’il atteigne les 80 points. », Phil Jackson.

La défense de Toronto est incapable de tenir Bryant qui continue de scorer. En plein état de grâce, il dépasse les 69 points de Michael Jordan et les 71 points d’Elgin Baylor. Pendant les six dernières minutes, l’ailier inscrira vingt points, dont dix lancers francs. Après avoir rentré son 81e point, il sort sous les applaudissements et les « MVP, MVP » scandés par le Staples Center en folie. Score final : 122-104.

La feuille de statistiques est irréelle. 81 points, 6 rebonds, 2 passes, 3 interceptions, 28/46 au shoot (60 %) et 55 points inscrits en deuxième mi-temps. Il établit ainsi la deuxième plus grande performance offensive de l’histoire de la NBA, derrière les 100 points de Wilt Chamberlain (1962). Une prouesse réalisée dans une ère moderne où le basket est devenu plus physique et plus rapide.

L’arrière termine la saison régulière avec 35,4 points de moyenne, dans l’ombre d’un certain Steve Nash — MVP 2006 — qui l’élimine au premier tour des playoffs avec les Suns.

Cette performance hors du commun est caractéristique du Black Mamba, combattif et travailleur. Si certains joueurs comme James Harden, Damian Lillard ou Devin Booker se hissent parfois près de la soixantaine de points, le palier de Kobe Bryant est toujours intouchable.

Photo : Noah Graham/Getty Images

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