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David Stern : la disparition d’un game changer

David Stern, troisième commissaire de la NBA et prédécesseur d’Adam Silver, est décédé. Au panthéon de l’histoire de son sport, son empreinte est très profonde dans le basket nord-américain. Retour sur le parcours d’un génie et d’un stratège. En 4 actes.

La NBA démarre l’année 2020 en deuil. David Stern s’est éteint à l’âge de 77 ans ce mercredi 1er janvier, suite à une hémorragie cérébrale. Il aura siégé 30 ans comme « commissionner ». Une page se tourne pour le monde de la balle orange.

L’annonce du décès de David Stern par la NBA sur Twitter. Tweet : @NBA.

Acte I : la prise du pouvoir

Jeune étudiant en droit à l’université de Columbia, David Stern débute sa carrière comme conseiller juridique dans un cabinet d’avocat new-yorkais. Il rejoint la Grande Ligue en 1978, d’abord comme conseiller général, puis comme vice-président en 1980. C’est la retraite de Larry O’Brien qui le propulse aux commandes de la NBA comme commissaire (le quatrième de l’histoire) en 1984. 

Loin des paillettes et de la folie médiatique qui entourent aujourd’hui le basket américain, le décor était bien moins reluisant lors de sa prise de fonctions. La cocaïne abondant dans les vestiaires de l’époque vient gangrener l’image des sportifs. De nombreux joueurs sont contrôlés positifs et que dire de la mort tragique de Len Bias ? Lui qui est décédé en 1986 d’une overdose 48 heures après avoir été drafté en deuxième position. Également touché par des problèmes de racisme, Stern doit ainsi composer dans un contexte instable pour reconstruire la réputation du basketball. En effet, les férus de sport de l’autre côté de l’Atlantique se sont détournés de la balle orange, préférant le football américain ou le baseball. En 1981, la NBA reconnaît des moyennes d’audiences en berne, des stades de moins en moins remplis et donc un déficit financier important.

David Stern et Hakeem Olajuwon lors de la draft de 1984. Sa première comme commissaire NBA. Photo : Noren Trotman/Getty Images

Sa nomination va faire l’effet d’un véritable game changer et s’accompagne d’une Draft historique. Hakeem Olajuwon, Michael Jordan, Charles Barkley, John Stockton… Les exploits de ces quatre Hall of Famers vont booster les initiatives du nouveau commissaire.

Acte II : l’élargissement

Celui que l’on surnommait « l’étoile polaire » voyait grand. Dès 1988, il permet la création de sept nouvelles franchises NBA. Les premières seront le Heat, les Hornets et les Timberwolves. Mais ses projets d’expansion ont dépassé les frontières américaines pour venir investir les terres canadiennes. En 1995, les Raptors débarquent à Toronto, tout comme les Grizzlies à Vancouver. Si le public des Dinos est rapidement conquis par sa nouvelle équipe, il n’en est rien concernant les fans de Vancouver. Les mauvais résultats s’enchaînent et le collectif ne décolle pas. Les moyens manquent, les audiences baissent et la franchise devient déficitaire. En 2001, elle décide de déménager , destination Memphis. Cet échec va laisser Toronto seule ville canadienne représentée. En 2004, il intègre une trentième et dernière franchise : les Bobcats de Charlotte. Quelques déménagements viennent également s’ajouter à cela, comme celui des Kings à Sacramento ou du Thunder dans l’Oklahoma.

« Votre vision pour faire en sorte que notre jeu devienne PLANÉTAIRE, vous seul pouviez la réaliser. C’est ce que vous avez fait. Faire de notre sport le plus grand sport du monde ! C’était un honneur de vous connaître personnellement. »

L’hommage de LeBron James sur son compte Instagram. Source : @kingjames

Ses projets d’extension portent leurs fruits et les audiences reprennent des couleurs. Mais c’est l’ouverture de la NBA à l’international qui va faire rentrer la Ligue dans une tout autre dimension. En 1987, les Hawks rencontrent trois fois l’équipe de l’Union soviétique. La même année, Stern participe à la création de l’Open McDonald’s. Cette compétition donne lieu à neuf éditions dans lesquelles 7 équipes européennes et le champion NBA en titre s’affrontent. Un premier partenariat avec la FIBA qui ne sera pas le dernier. En 1992, Londres accueille pour la première fois deux équipes américaines en Europe. Depuis, des salles de basket sont sorties de terre à Madrid, Rome ou encore Berlin pour accueillir des matchs. C’est désormais Paris qui attend de recevoir les Bucks et les Hornets à l’AccorHotel Arena en janvier prochain.

Sous l’ère Sterne, de plus en plus de joueurs étrangers rejoignent les rosters de la Ligue. En 2002, le Chinois Yao Ming marque l’histoire. Il devient le premier joueur non américain à être drafté en première position. 5 ans plus tard, c’est l’Allemand Dirk Nowitzki qui est le premier à être élu MVP de saison régulière et le Français Tony Parker devient MVP des finales quelques mois plus tard. Le phénomène est désormais mondial.

Photo : Brendan Smialowski/AFP

Dans cette même veine, Stern encourage la participation des superstars américaines aux compétitions internationales. C’est la naissance de la Dream Team. Michael Jordan, Larry Bird, Magic Johnson ou encore Charles Barkley s’alignent ainsi aux JO de Barcelone en 1992. Ils décrocheront la médaille d’or en remportant tous leurs matchs avec 43,75 points d’écart de moyenne. Considérée comme la meilleure équipe de basket de tous les temps, elle améliore grandement la visibilité de la NBA à l’étranger.

Des agrandissements chez les hommes, mais aussi chez les femmes. Si David Stern a marqué l’histoire, c’est aussi parce qu’il est à l’origine de la Women’s National Basketball Association (WNBA). En 1996, la NBA développe ainsi une ligue féminine qui débute avec huit équipes, affiliées avec une franchise masculine. Elle a depuis accueilli quatre nouvelles équipes et voit chaque année ses audiences et ses fréquentations augmenter. 

Acte III : lock-out

Ces périodes de grèves qui opposent le syndicat des joueurs à la Ligue et aux propriétaires sont aussi très caractéristiques de son mandat. À quatre reprises, des shutdowns sont venus troubler l’équilibre du basket US. Le premier affrontement éclate en 1995 lorsque les joueurs s’opposent au projet de plafonnement du salaire des rookies et à la luxury taxe. Ces deux contestations n’ont finalement pas trouvé de suite. La troisième grève des joueurs menée par Patrick Ewing en 1998 est la plus longue de l’histoire. Leurs revendications ? La non-limitation des contrats max et l’annulation de la clause de restricted free agent (la franchise d’un joueur peut s’aligner sur une offre d’une équipe concurrente lorsqu’il est agent libre). En conséquence, 464 matchs sont annulés pendant six longs mois de suspension. Le dernier lock-out en date : celui de 2011. David Stern souhaite relever la concurrence et la compétitivité entre les franchises en réduisant la durée des contrats distribués et en durcissant le plafond salarial. Des décisions qui déclenchent la colère des joueurs qui engagent un bras de fer avec la Ligue. Les matchs reprennent finalement en décembre avec la signature d’une nouvelle convention collective.

Stern cristallise cette relation nouvelle entre les joueurs et leur propriétaire. Au centre de nombreuses contestations inédites dans l’histoire de son sport, il a contribué à l’évolution des droits des joueurs qui sont aujourd’hui mieux payés et plus libres de leurs mouvements.

Acte IV : la naissance d’une multinationale 

Si les salaires et les conditions de jeux sont devenus exceptionnels pour les basketteurs NBA, c’est surtout grâce au succès économique de la recette Stern. Les changements qu’il a insufflés ont fait décoller les moyens financiers dont disposent les dirigeants et les franchises. Le marché devenu international a considérablement augmenté le prix des droits TV. En signant des accords avec des chaînes nationales et des réseaux câblés, les revenus se sont décuplés. C’est ainsi que les premiers matchs commentés en français sont arrivés dans les années 1980 avec la voix de George Eddy. Il s’efforce aussi de développer la communication et le marketing autour de la NBA en polissant son image et investissant les réseaux sociaux par exemple. All-Star Game, produits dérivés, œuvres de charité… Tout est organisé pour mettre en avant la Ligue. La culbute financière qu’il réalise est fulgurante. En 1983, le chiffre d’affaires qui s’élève à 118 millions monte à 4,8 milliards de dollars lors de son départ en 2014.

À l’image du storytelling qu’il a cultivé lorsqu’il était en fonction, David Stern a tiré sa révérence le 31 janvier 2014 en serrant la main d’Hakeem Olajuwon, numéro 1 de Draft l’année de son intronisation comme commissaire. La boucle est bouclée. Il passe alors la main à Adam Silver, celui qu’il a choisi à sa succession.

Endeuillé en ce début d’année, le basket voit disparaître une de ses figures majeures. La NBA moderne ne serait pas celle que nous connaissons aujourd’hui sans lui. David Stern laisse derrière lui un véritable héritage. « L’étoile polaire » brille toujours.

Photo : Scott Halleran/Staff/Getty Images

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