NCAA

James Wiseman : L’homme sage au bagne

Photo : Joe Rondone/The Commercial Appeal via USA Today Sports

Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais James Wiseman est un des favoris pour être appelé en premier par Adam Silver sur l’estrade du Barclays Center lors de la Draft 2020. Pourtant, le petit protégé d’Anfernee “Penny” Hardaway se retrouve plongé au cœur d’une lutte juridique l’empêchant de disputer 12 matchs avec l’Université de Memphis. Une situation compliquée pour celui qui devrait intégrer la NBA l’année prochaine. Retour sur les dernières semaines d’un événement ayant chamboulé le monde du basket universitaire et qui pose de nombreuses questions sur sa viabilité.

Pour mieux comprendre l’affaire, il faut déjà connaître James Wiseman. Véritable bête physique de 2m14 pour 112kg, il est un vrai “seven footer”. Le pivot freshman des Memphis Tigers est à titre de comparaison plus grand et plus lourd que Joel Embiid, un des pivots les plus dominants de la NBA. De plus, Wiseman est un légitime géant bien proportionné et très fluide dans ses mouvements avec un potentiel physique, offensif et défensif assez monstrueux. C’est ce dernier point, le potentiel défensif, qui fait du gaucher un possible n°1 à la prochaine Draft. 

Ainsi, alors que les experts de la planète basket lui prédisaient une saison orgiaque statistiquement – en témoignent ses trois premiers matchs en NCAA où il tournait à 19.7 points, 10.7 rebonds et 3 contres de moyenne – sa sanction tombera juste avant son deuxième match -, il fût coupé dans son élan en étant déclaré par la NCAA, le 8 septembre 2019, « inéligible ». En d’autres termes, il ne peut plus jouer.

James Wiseman : Un “seven footer” NBA ready (Source : ESPN)

Une affaire d’argent

La question qui se pose est la suivante : pourquoi la NCAA a déclaré inéligible un de ses meilleurs éléments ?

Tout commence début 2018. Lors de cette année la famille de James Wiseman aurait bénéficié d’une aide financière de la part de Penny Hardaway pour venir s’installer à Memphis. La somme en question : 11 500 dollars. Elle permet de couvrir les frais de déménagement et la venue du jeune prospect dans le lycée de East High School. Sauf que cela pose problème.

En effet, peu de temps après, en mars 2018, Penny Hardaway est nommé sur le banc des Tigers de Memphis. Or, pour les instances de la ligue universitaire, l’aide financière que l’ex-star NBA a apporté à la famille est un manquement au règlement. Celui-ci stipule qu’aucune aide matérielle, financière ou de quelconque autre nature ne peut être réalisée pour influencer un prospect dans son choix. Pour la NCAA, le choix du joueur est donc directement lié à la transaction financière… qui a eu lieu il y a maintenant presque deux ans.

Ainsi, la ligue va juger le pivot inéligible à cause du rôle de booster de l’ancien All-Star dans cette affaire. Une sanction lourde pour un joueur qui ne demandait qu’à briller. 

Néanmoins, Wiseman pourrait ne pas être le seul impacté, puisque de lourdes conséquences planent telle une épée de Damoclès sur le programme basé dans le Tennessee. Celui-ci risque ni plus ni moins qu’une annulation de ses résultats et une disqualification pour la prochaine March Madness. Pour l’instant rien n’est encore décidé.

James Wiseman lors de son premier match contre South Carolina State (Photo : Joe Murphy – Getty Images)

Une sanction finalement allégée

Une saison entière sans fouler les parquets parfaitement cirés du circuit universitaire représentait une trop lourde peine pour le pivot de Memphis. Sa famille et lui ont donc lancé une procédure judiciaire contre la sanction initiale. Peu après, Wiseman a décidé de l’annuler afin de pouvoir mieux négocier et trouver un accord avec la NCAA. Ce qu’on appelle en d’autre terme « reculer pour mieux sauter ».

En décidant de revenir sur la procédure lancée contre la ligue, ce top prospect de la Draft 2020 a préféré éviter un conflit s’étendant sur la durée afin d’essayer de trouver un accord rapidement. Une solution sera finalement obtenue le 21 novembre, soit 13 jours après le début du scandale. 

Le pivot écopera de 12 matchs de suspension. Un moindre mal, mais l’intérieur des Tigers ratera quand même les dix prochaines rencontres de son équipe étant donné qu’il n’a pas joué face à Alcon State et Little Rock à cause de son inéligibilité. 

L’homme sage sera de retour le 12 janvier 2020 pour un match face à l’université de South Florida. De plus, il devra donner 11 500 dollars à une association caritative de son choix. Une sanction économique à hauteur de l’aide financière reçue par l’intermédiaire de Penny Hardaway. 

Voilà le point final d’une affaire qui aura bousculé le basketball universitaire mais qui n’est pas sans rappeler le cas de Chase Young (en football américain universitaire) qui, en acceptant de l’argent prêté par un ami de la famille pour payer le voyage de sa petite amie au Rose Bowl 2019, s’est vu infliger 4 matchs d’éligibilité par la NCAA. Des affaires parfois rocambolesques qui font resurgir les côtés le plus sombres de la ligue universitaire.

NCAA, un modèle encore viable ? 

En effet, si finalement le joueur et la ligue ont plus au moins trouvé leurs comptes, on peut tout de même se demander pourquoi Wiseman reste encore en NCAA. Entre sanctions abusives et non paiement (dans une des ligues les plus lucratives du monde) on se demande ce qu’y gagnent les joueurs.

Alors oui, les athlètes regroupés en NCAA sont titulaires d’une bourse de scolarité et donc exemptés des lourds frais d’inscription des universités américaines. Mais il est bon de rappeler que, lors de la March Madness 2018 (tournoi à élimination directe regroupant les 68 meilleures équipes universitaires), les publicités ont rapporté 1,3 milliards de dollars, sans compter les droits télés et le merchandising. Et quelle part de cette somme astronomique est tombée entre les mains des joueurs… absolument aucune. Une aberration quand on sait que certains coachs, à l’image de Mike Krzyzewski à Duke, touchent  jusqu’à $9M par an. 

La March Madness est le deuxième élément générant le plus de profit en post-season devant sa grande soeur : la NBA (Source : Kantar Media)

Alors oui, les joueurs qui finiront en NBA ou professionnels dans d’autres championnats n’auront plus vraiment de soucis financiers. Mais là aussi, il faut savoir que 99% des joueurs universitaires ne deviendront jamais pros. 

Une situation que les plus grands noms de la balle orangée commencent à dénoncer. LeBron James, notamment, aimerait s’écarter du système actuel qu’il qualifie même de « corrompu » pour parler des scandales qui touchent de plus en plus la NCAA. Le cas Wiseman en est un parfait exemple. Heureusement, le 29 octobre, la NCAA a validé pour la première fois de son histoire la “possibilité” – bien retenir le mot “possibilité” – pour ses athlètes de toucher de l’argent en échange de l’utilisation commerciale de leur nom ou de leur image d’ici janvier 2021. Pour l’instant rien d’officiel mais un premier pas tout de même.

En tout cas les voix s’élèvent, les joueurs grondent, il serait donc normal que ceux-ci touchent une partie de cette manne financière. Sinon, les meilleurs éléments vont commencer à s’exiler aux quatre coins du monde – comme en l’état actuel des choses.

L’exil pour une meilleure considération 

LaMelo Ball, R.J Hampton : deux noms, deux joueurs pressentis dans le Top 5 de la prochaine Draft et tous deux évoluant dans une équipe professionnelle en Australie. Jouer à l’étranger n’est maintenant plus une plaie pour continuer à montrer ses talents de basketteur aux scouts NBA. Les deux compères sont dans la même cuvée que Wiseman, à l’exception près que ceux-ci sont déjà considérés comme joueurs professionnels. Ils touchent donc un salaire.

LaMello Ball (maillot rouge) et RJ Hampton, deux prospects en exil (Source : ESPN+)

Mieux encore, R.J Hampton est maintenant sous accord avec l’équipementier chinois Li-Ning, potentiellement le plus gros contrat jamais signé entre un rookie et un équipementier chinois. Des privilèges totalement interdits en NCAA. Preuve que le championnat universitaire n’est plus la seule solution pour les joueurs qui souhaiteraient un plus de considération et surtout un gain financier à la hauteur de leur talent. 

Une situation avantageuse à l’étranger, un système universitaire de plus en plus contesté par la multiplication de scandales… c’est peut-être le début de la fin pour la NCAA et son « one-and-done ». De nombreux prospects pourraient préférer l’étranger à la ligue universitaire nord-américaine sans ajustement de sa part.

1 commentaire

Commenter

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

En haut