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Houston, avons-nous un problème ?

Photo : Steven Ryan/Getty Images

12 juillet 2019 – Tempête à Houston, un blockbuster trade surprise vient défrayer la chronique. Russell Westbrook, l’âme d’Oklahoma City, est envoyé aux Rockets pour former un duo dévastateur avec James Harden. Chris Paul est remercié, deux MVP se retrouvent dans le but d’accomplir le rêve de tout joueur : remporter un titre. La nouvelle choque, elle ouvre de nombreux débats. Qu’attendre de cette combinaison singulière entre deux joueurs au talent unique ? Qu’attendre de ces nouveaux Rockets ?

Précisément 130 jours après cette date, le numéro 13 et le numéro 0 ont eu le temps de se faire à leur nouvelle vie à deux. Après une large victoire face aux Blazers, les Rockets ont un bilan de 11 victoires pour 3 défaites et occupent la deuxième place du classement de la Conférence Ouest. Malgré un départ très positif sur le papier, le jeu de Clutch City est très loin de correspondre aux attentes qu’avaient suggérées les saisons précédentes et les mouvements de l’été. Dépendante d’un James Harden bien au-delà de tous standards statistiques, la franchise texane se découvre encore après 14 rencontres. Houston, avons-nous un problème ?

Un effectif accablé par les blessures

Le pire ennemi de Mike D’Antoni et ses hommes, c’est la malchance. L’effectif des Rockets aligne blessure sur blessure. Tout commence avec l’opération du pied de Gerald Green, qui manquera 6 mois de compétition ; potentiellement la totalité de la saison régulière. À cela, il faut ajouter la blessure de Nene aux adducteurs, qui ne devrait pas retrouver les parquets avant le début du mois de décembre. Par la suite, la blessure d’Eric Gordon viendra noircir le tableau. Titularisé en début de saison, élément clé du jeu de Houston, Gordon manque déjà beaucoup aux siens et un mois nous sépare encore de son retour.

Au-delà de ces graves blessures, de petits bobos viennent empirer la situation. En effet, Clint Capela restera notamment éloigné des parquets pour quelques rencontres dans le cadre du protocole mis en place pour les commotions cérébrales. Danuel House Jr. lui tiendra compagnie à l’infirmerie à cause d’une douleur au dos. Comble d’infortune, Russell Westbrook semble encore gêné par son genou. De toute évidence, le meneur a encore besoin de temps avant de retrouver toutes ses capacités. Face à de si nombreuses entraves, les Rockets peinent à trouver leur rythme et composent avec les moyens du bord.

Un James Harden isolé en attaque

En ce début de saison, Le MVP 2018 a compris qu’il devrait assumer ses responsabilités. Et il n’y a pas à dire, le barbu excelle en tant que leader offensif. Il était déjà connu pour son aptitude à scorer, nombreux sont les défenseurs à avoir été perdus par ses dribbles et stepbacks. Mais cette saison, The Beard prend une toute nouvelle dimension dans son rôle d’attaquant d’élite.

Avec 39,2 points de moyenne, le numéro 13 porte l’attaque des Rockets. Les statistiques parlent : avec James Harden sur le terrain, Houston marque 113,8 points pour 100 possessions contre 104,6 en son absence. Leur Offensive Rating global de 112,7 fait actuellement des Rockets la première attaque de la ligue, tandis que 104,6 les abaisserait à la vingt-deuxième place, à égalité avec les Hornets. Statistique plus marquante encore : une baisse de 19,9 de Net Rating (différentiel entre deux équipes sur 100 possessions) en l’absence d’Harden. Sans lui, Clutch City s’effondre : de 10,5 de Net Rating, l’équipe passe à 9,4 lorsqu’il regagne le banc. Capable de créer son tir et de marquer dans toutes les conditions, c’est ce seul joueur qui donne toute son identité aux Rockets, en faisant ainsi l’une des plus grandes forces offensives de la ligue.

Cependant, si ce formidable attaquant sait scorer avec facilité, il a parfois besoin de forcer les choses pour permettre à son équipe de marquer. À 42,5% au tir, dont 34% derrière l’arc, il réalise ses pires pourcentages au shoot depuis sa deuxième saison dans la ligue. Le barbu semble isolé, il crée lui-même de nouvelles opportunités en attaque afin de scorer. Mais l’ancien meneur reste alerte, il distribue ainsi 7,6 passes par match pour servir ses coéquipiers. Il persiste également dans une de ses spécialités les plus polémiques : la provocation de fautes. Ainsi, il se retrouve environ 14,5 fois par match sur la ligne des lancers, d’où il est très adroit avec un taux de réussite de 88,2% en moyenne (son meilleur pourcentage en carrière). C’est ce jeu très critiqué qui lui permet, non sans efforts et sans sacrifices, de marquer près d’un tiers des points de son équipe pourtant deuxième en total de points marqués par rencontre.

Pour le moment, cette équipe a besoin de James Harden et de ses performances salvatrices. Au moins en attendant le retour d’Eric Gordon et le rétablissement complet du Russell Westbrook, les Rockets ont besoin de ce jeu caricatural – grotesque diront d’autres – qui empêchera certainement l’arrière de candidater pour un second trophée de MVP.

Photo : Jeff Haynes / Getty Images

Problème de dépendance

En l’absence de son numéro 13, le jeu de Houston change du tout au tout. Avec une rotation très limitée, notamment de par les blessures, comptant sur trop peu de talent offensif, le banc des Rockets se doit d’adapter son style. L’équipe joue un basket plus collectif, marqué par les 2,5 passes décisives de plus pour 100 possessions de l’équipe malgré une diminution évidente du nombre de points marqués. Il faut néanmoins prendre un peu de recul et rappeler que Russell Westbrook s’associe parfois avec la second unit.

Tandis que 21,6% des points de l’équipe sont marqués sur la ligne des lancers lorsque The Beard est sur le terrain, contre 10,6% en son absence. Les remplaçants compensent par une hausse drastique du pourcentage de points marqués à deux points (+ 7%) et trois points (+ 4%). Aussi, les Rockets connaissent une légère augmentation du pourcentage de tirs réussis à l’intérieur de la ligne à trois points. Mike D’Antoni a conscience que la second unit est moins adroite, moins capable sans doute également. Mais le coach émérite sait tirer le meilleur de ses joueurs et permet à Austin Rivers et Ben McLemore, parfois même Chris Clemons et Isaiah Hartenstein, de s’exprimer librement – et fort bien. Cependant, même si le génie de leur coach permet de cacher la misère, les fusées peinent encore trop à scorer sans leur Franchise Player.

Daryl Morey – qui a tout récemment choisi de couper Ryan Anderson – pourrait penser à Jamal Crawford pour résoudre. Encore agent libre, le joueur de 39 ans pourrait prendre place sur le banc des Rockets pour contribuer au scoring. Mais après l’échec du projet Carmelo Anthony l’année dernière, le Front Office donnera difficilement sa confiance à ce joueur unidimensionnel.

Interrogations défensives

Malgré un début de saison désastreux dans leur propre moitié de terrain – parfaitement illustré par les 46 points encaissés en un quart-temps à Miami le 4 novembre – Houston a su revenir dans le droit chemin. Sur les 6 dernières rencontres, les Rockets sont la deuxième défense de la ligue, talonnant de très près Milwaukee.

L’association des termes « défense » et « Rockets » ouvre généralement d’interminables débats sur l’implication défensive de James Harden. Cette saison, il semble que les statistiques soient de son côté. En effet, la défense des Rockets encaisserait 10,6 points de plus sur 100 possessions sans lui. Ses détracteurs diront que c’est son association avec PJ Tucker et Russell Westbrook, connus pour être de bons défenseurs à leurs postes, mais l’arrière est réellement investi de son propre côté du terrain. Défendant plus intelligemment et avec plus d’intensité, il montre une réelle progression dans ce domaine.

La réalité du terrain semble se rapprocher peu à peu des espérances de Daryl Morey, qui parlait au début du mois de son équipe comme une potentielle « top-10 defensive team ». Mais pas de précipitation, la saison en est encore à son commencement et la défense de Houston a encore le temps de progresser, ou de s’effondrer…

Quelles limites pour cette équipe des Rockets ?

Face aux géants de Los Angeles, Mike D’Antoni a-t-il réellement une chance de conduire ce groupe au titre ? Dans l’état actuel des choses, la réponse est non. Pour le moment, James Harden a bien trop de responsabilités. Si le barbu est capable de porter son équipe en saison régulière, ce type d’exploit semble tout à fait impossible en Playoffs, notamment face à des défenseurs tels que Kawhi Leonard. Au-delà de ça, l’équipe ne semble pas assez bien armée pour atteindre un tel objectif, notamment à cause de ses problèmes de banc.

Cependant, il reste peut-être un espoir. Ces Rockets ont certainement l’un des meilleurs cinq majeur de la ligue. Sans pour autant prétendre au titre de favori, il s’agit d’un outsider à ne pas sous-estimer. Il faudra néanmoins développer une réelle synergie entre James Harden, Russell Westbrook et Clint Capela. Mais cette nuit, face aux Blazers, ce trio a montré de très bonnes choses face aux Blazers : 36 points, 5 passes et 6 rebonds pour Harden ; 28 points, 10 passes et 13 rebonds pour Westbrook ; 22 points et 20 rebonds pour Capela. Malgré l’adresse médiocre du Brodie (3-11 à trois points), ce potentiel Big Three a été à la hauteur des attentes initiales des fans ce soir-là. En jouant à un tel niveau, les Texans pourraient surprendre plus d’une équipe en Playoffs.

Avec un jeu mené par un meneur explosif – capable d’attirer les défenseurs en pénétration – et par un arrière redoutablement polyvalent – particulièrement dangereux à l’extérieur, mais aussi capable de faire les bonnes passes et d’être pertinent à l’intérieur de la ligne à trois points – Houston doit essayer de se donner une chance. En tant que poste 5 particulièrement athlétique, Clint Capela sera un facteur déterminant dans la réussite de cette équipe. Bien évidemment, cette équipe n’arrivera à rien sans un banc solide, un Eric Gordon en forme et un PJ Tucker bien en place. Le coaching staff des Rockets se doit de construire un véritable jeu collectif, centré sur ses trois piliers, pour espérer caresser son objectif.

Houston, dans l’immédiat nous n’avons pas de problème. Mais nous pourrions en avoir un lorsque la compétition deviendra plus intense. Aujourd’hui, James Harden doit continuer à performer pour assurer une bonne place à son équipe en saison régulière. Néanmoins, le groupe ne doit pas négliger le perfectionnement de son jeu collectif, qui passe nécessairement par le développement d’une certaine alchimie entre ses pièces maîtresses. Une chose est sûre, en cas d’échec complet, le projet des Rockets sera mis en péril.

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