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Et si la NBA adoptait la politique du lancer-franc unique ?

La G-League, ligue de développement mais aussi terrain d’expérimentation de la NBA, va appliquer cette saison une idée régulièrement évoquée au cours des dernières années mais encore jamais appliquée : la règle du lancer-franc unique. Le principe est simple, les joueurs ne tireront plus qu’un seul lancer-franc après avoir subi une faute. Si la faute était à deux points, le tir vaudra deux points, si elle était à trois points, alors le lancer-franc en vaudra trois également. Mais pourquoi cette nouvelle règle ? Et surtout, quel impact aura-t-elle sur le jeu ?

Deux pour le prix d’un

L’objectif visé par les dirigeants de la G-League est très clair, et ils ne s’en cachent pas : il s’agit de réduire la durée des matchs. Avec un seul lancer-franc tiré à chaque faute, le temps moyen d’une rencontre devrait diminuer de six à huit minutes.

Il faut néanmoins préciser quelques détails, qui n’en sont pas vraiment. Tout d’abord, les « and-one » ne sont pas concernés par cette nouvelle règle. Si un joueur réussit son tir malgré une faute, il ira sur la ligne pour tirer un lancer-franc qui ne vaudra qu’un seul point. Ensuite, les règles de la NBA seront appliquées dans les deux dernières minutes du match et en prolongation, afin de limiter l’impact de cette nouveauté sur les fautes volontaires commises en fin de rencontre. Après une année d’essai, la direction de la ligue de développement choisira d’appliquer définitivement cette règle ou d’arrêter les frais en 2020.

Si la G-League a décidé de l’appliquer concrètement, cette idée aurait été évoquée par la NBA lors de la récente réunion avec les coaches. Ce test mené par la G-League devrait donc intéresser les instances de la NBA qui pourraient, dans plusieurs années, décider d’appliquer cette politique à leur tour. Et c’est là que se trouve le véritable enjeu de cette expérience.

Une affaire de continuité

Dans la ligue nord-américaine, cette évolution s’inscrirait parfaitement dans la continuité des modifications opérées lors des dernières années. En effet, on peut observer une tendance assez nette dans les changements du jeu et de ses règles.

Cette évolution se caractérise d’abord par l’explosion du tir à trois points. Depuis 2011, le nombre de tentatives derrière la ligne n’a cessé de grimper, passant ainsi de 18,4 en 2011-12 à 32,0 cette année, un saut considérable. De nombreux joueurs, parmi lesquels comptent James Harden et Stephen Curry, ont montré la voie. Il en va de même avec certains coachs, notamment Mike D’Antoni et son célèbre run and gun. La politique du lancer-franc unique avantagerait grandement ces snipers puisqu’ils pourraient alors se rapprocher de près de 3m pour tirer leurs trois points, tout simplement en provoquant une faute sur tir. En sachant que la moyenne de réussite aux lancers se trouve autour de 75% depuis la fin des années 90, un tel changement de règle irait donc dans le sens de cette progression : vers une NBA dans laquelle le tir à distance est roi.

Le jeu tend également à s’accélérer en NBA. Tout comme le shoot à trois points, le rythme n’a cessé d’augmenter depuis la saison 2011-12. Alors que les équipes jouaient en moyenne 91,3 possessions en 48 minutes il y a 8 ans, elles en jouent désormais 100. Cette élévation du nombre de possessions accompagne une fluidification globale du jeu, qui serait d’autant plus forte avec le lancer-franc unique. En effet, avec environ 23,1 tentatives par rencontre en 2018-19, le retrait d’un lancer réduirait drastiquement le temps de pause qui suit une faute. Il serait plus difficile pour une équipe de ralentir le tempo d’un match en commettant des fautes. Aussi, comme mentionné précédemment, la durée des matchs serait évidemment réduite. Ensuite, avec une seule tentative, le rebond serait systématique en cas d’échec, ce qui impliquerait une éventuelle contre-attaque ou seconde chance en fonction de l’équipe qui serait la mieux positionnée au rebond. Le suspens et l’intensité du jeu s’en verraient alors renforcés.

Enfin, les règles de la NBA ont tendance à apporter de plus en plus de liberté de mouvement aux attaquants. De la saison 2017 à la saison 2018, le nombre de fautes sifflées par rencontre est passé de 39,6 à 41,8. La dimension offensive du basket est devenue bien plus importante que sa dimension défensive pour les spectateurs et pour les joueurs. De plus, de nouvelles règles concernant le nombre de temps morts et la durée de la mi-temps avaient déjà été adoptées en 2017 pour raccourcir la durée des matchs. Il ne serait donc pas étonnant que la ligue ajoute une nouvelle règle du même genre.

Photo : David Liam Kyle/NBAE/Getty Images

Il faut néanmoins apporter une certaine nuance à ces propos. Stephen Curry lui même voit les pourcentages des joueurs aux lancers diminuer si une tel système venait à être mis en place en NBA. Et pour cause, d’après Nylon Calculus de FanSided, l’adresse aux lancers-francs varierait beaucoup en fonction de la tentative. De 1997 à 2017, les joueurs de la NBA ont réussi 73% de leurs lancers lors de la première tentative, contre 78% lors de la seconde. Une différence significative compte-tenu de la conséquence de l’échantillon. Il se pourrait donc que cette règle réduise l’adresse des attaquants depuis la ligne.

Le fonctionnement de la mémoire musculaire explique simplement ce phénomène. Lors de son premier tir, le joueur doit accéder à une mémoire musculaire à long terme. Bien évidemment, la mécanique de tir adéquate vient plus facilement pour la seconde tentative, alors qu’il doit faire appel à sa mémoire musculaire à court terme. Certains joueurs, comme Steve Nash, ont adopté une routine visant à se détacher de ce processus, ce qui a permis à l’ancien meneur de Phoenix de limiter la différence entre les taux de réussite à 1% (contre 4 à 5% en moyenne). L’adoption d’une telle règle entraînerait donc des changements, même minimes, dans les habitudes et l’entrainement des joueurs.

L’adoption de la politique du lancer-franc unique en NBA correspondrait donc à un changement bien plus profond qu’une simple modification du système de pénalité. Le rythme du jeu, les habitudes des joueurs et (très probablement) leur manière d’attaquer seraient alors affectés. Bien évidemment, une telle adaptation ne pourra pas se faire du jour au lendemain. C’est pourquoi la NBA devra traiter cette affaire avec précaution et réfléchir à tous les aspects du jeu qui seront influencés par ce changement.

Photo : Brett Davis-USA TODAY Sports

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