NBA

Kawhi Leonard & Paul George aux Clippers : les dessous d’un transfert all-time

La terre a tremblé en Amérique du Nord début juillet. Paul George et Kawhi Leonard sont envoyés aux Clippers à la surprise générale. Immersion dans les coulisses de ce transfert qui pourrait bien changer le visage de la NBA d’aujourd’hui.

6 juillet 2019. Alors que toute la planète basket transpire pendant une free agency historique, Shams Charania et Adrian Wojnarowski continuent leur festival de tweets avec une annonce colossale : Kawhi Leonard (free agent) quitte les Raptors pour rejoindre les Los Angeles Clippers et emmène avec lui Paul George. Il se sépare du Thunder en échange de Shai Gilgeous-Alexander, Danilo Gallinari, quatre premiers tours de Draft non protégés, un premier tour de Draft protégé et deux échanges de picks.

Il ne faisait pas de doute que L.A. allait être agressif sur le marché des agents libres avec un cap space assez large pour accueillir deux contrats max. Alors que Brooklyn venait juste de signer Durant et Irving quelques jours plus tôt, la franchise californienne s’était focus sur le dossier de The Klaw. Originaire de la Cité des Anges, Kawhi avait déjà émis le souhait de se rapprocher de sa région lors de son départ de San Antonio pour Toronto. Quelques buckets plus tard, l’histoire parle et le MVP 2014 enfile une deuxième bague à son doigt avec les Dinos. Il termine ainsi sa seule année de contrat dans le Nord au sommet. Toutes les rumeurs sont donc de sortie pour sa free agency. Lakers ? Clippers ? Toronto ? Si beaucoup de fans pouvaient espérer voir son épopée se poursuivre au Canada, son départ semblait inévitable.

Une opération secrète

Des échanges s’engagent alors avec les deux franchises de Los Angeles dans le secret le plus total. En effet, Kawhi exige un silence médiatique complet concernant son dossier. Pas de leak, telle est la condition sine qua non.

« Si vous échouez sur ces aspects-là, c’est fini pour vous. ” confie un membre du front office. “Ils ne l’ont pas dit mot pour mot, mais c’était le message qui était envoyé. C’était plus ou moins quelque chose comme : écoutez, nous apprécions un certain niveau de discrétion, donc gardez vos bouches fermées. » via The Athletic.

Dans la NBA moderne très exposée médiatiquement, il est très délicat de garder caché un transfert aussi titanesque. Une demande hors norme pour un joueur hors norme, au sens propre du terme. Les Clippers se sont conformés à sa demande, comme ils l’avaient fait pour le trade de Blake Griffin en 2018 ou celui de Tobias Harris en 2019. On ne peut pas en dire autant côté Lakers, à l’image de la déclaration maladroite de Magic Johnson où il explique avoir eu des échanges avec Dennis Robertson, l’oncle de Leonard (il n’était déjà plus président des opérations de la franchise à l’époque). 

« Je pense vraiment que lorsque Magic a commencé à raconter aux médias qu’il avait rencontré Kawhi et son oncle, le sort des Lakers était scellé. Ils ont décidé qu’ils ne pouvaient pas faire confiance aux Lakers en tant qu’organisation. C’était fini pour eux », raconte une seconde source.

The Athletic

Les Clippers se sont aussi démarqués en devenant une occasion parfaite pour le numéro 2 de prendre les rênes d’une franchise. Pas de Lebron James ou d’Anthony Davis pour lui faire de l’ombre.

L’allier aux grandes mains demande alors à Jeanie Buss et à Rob Pelinka (la propriétaire et le general manager des Lakers, NDLR) de patienter jusqu’au dimanche 7 juillet pour récupérer AD, en attendant qu’il prenne sa décision. Alors que tout le monde pense que les Purple & Gold sont son premier choix, le joueur les garde seulement dans sa manche en option B, au cas où le deal avec les Clippers n’aboutit pas.

Une union pour faire la force

Salaire, ville, ADN, front office, installation, franchise player… Si tout semble être parfait du côté de la franchise rouge et bleue, Kawhi ne souhaite pas se retrouver comme seule superstar aux commandes. Son objectif ? Être compétitif tout de suite et pouvoir répondre aux formations dominantes dans la ligue (Kyrie & Durant, Lebron & Davis, Curry & Thompson, Embiid & Simmons, Westbrook & Harden…). Le mardi 2 juillet, Steve Ballmer, Jerry West (le propriétaire et le general manager des Clippers, NDLR), Leonard et son oncle se réunissent dans la maison de Doc Rivers à Malibu pour poser les conditions d’un deal. Au programme, un contrat max de 142 millions de dollars sur 4 ans. L’entourage du joueur est clair et le front office n’a pas le choix, il doit trouver une star pour soutenir The Klaw dans la quête d’une bague avant la fin de la semaine.

Des coups fil sont alors passés à Houston pour Harden, à D.C. pour Beal ou encore à Durant lui-même, mais toutes les demandes trouveront porte close. Le 3 juillet, les efforts d’investigation payent et c’est Paul George qui se montre intéressé. Une véritable aubaine. Après que PG13 ait demandé son transfert à OKC et que les deux franchises aient pris contact, des négociations intenses se lancent sur 48 heures. Doc Rivers est récemment revenu sur ce moment d’adrénaline début juillet, où tout pouvait basculer d’un côté ou de l’autre.

« Le jour où ça s’est déroulé, à 10 heures du matin, on nous a dit que c’était foutu et que le deal n’allait pas fonctionner car Oklahoma et nous ne trouvions pas de terrain d’entente. À 14h, les pourparlers avaient repris, et à 17h, Lawrence Frank me disait : “C’est mort. Autant aller dîner”. Je suis allé dîner, et alors que j’entrais dans le restaurant à Malibu, j’ai reçu un SMS : “Prend ton téléphone, ça repart”. Une heure après, c’était fait. On a connu un vrai ascenseur émotionnel ce jour-là ». via The Rich Eisen Show.

Kawhi Leonard et Paul George lors de leur présentation à la presse chez les Clippers.
Photo : Kevork Djansezian/Getty Images

En fin GM, Sam Presti accepte la demande de son joueur et voit l’opportunité d’une reconstruction complète. Son projet ? Aller de l’avant et balayer les années d’inertie en premier tour de playoffs. Il est temps de chasser le fantôme de Damian Lillard. Mais si PG13 présente ce trade comme un accord commun, Presti est venu rectifier le trait :

« Tout le monde sait le bien que je pense de PG. Je sais qu’il a utilisé le terme « mutuel ». Je ne suis pas vraiment d’accord avec ça. Car cela voudrait dire que nous voulions échanger Paul George. Je pense que les gens seront d’accord pour dire qu’il ne s’agissait pas de notre priorité sur cette intersaison. Mais je peux dire qu’on n’a pas voulu s’opposer, et je respecte la manière dont les choses se sont déroulées”, confie-t-il à ESPN.

Gilgeous-Alexander, Gallinari et une flopée de tours de draft s’en vont ainsi au Thunder contre le numéro 13.

Le choix de Paul George se mélange avec de nombreux facteurs accommodants. Originaire du nord de Los Angeles à Palmdale, il se rapproche ainsi de sa terre natale. Il n’a jamais caché son envie de rejoindre la Cité des Anges et l’avait déjà évoqué lors de son transfert d’Indiana jusqu’au Thunder. Une destination qu’il n’avait pas choisie, suivant les intérêts de son ex franchise qui voulait récupérer Oladipo et Sabonis. Il s’est satisfait de ce nouveau challenge mais n’a évidemment pas résisté à la tentation L.A. x Kawhi. Les résultats d’OKC ont évidemment pesé dans la balance et le nouvel échec désillusoire en playoffs a dû frustrer ce compétiteur-né. Il affiche fièrement son attachement à sa nouvelle franchise dont il affirme d’ailleurs être fan depuis sa jeunesse.

On découvre dans une interview des deux joueurs par ESPN que cette envie de jouer ensemble ne date pas d’hier. En effet, The Klaw explique qu’il avait sollicité San Antonio pour recruter PG lors de son transfert hors de l’Indiana. Une réunion qui aurait pu avoir lieu bien avant, lors de la draft de Leonard en 2011, car c’est bel et bien les Pacers qui l’avait récupéré en 15e choix avant de l’envoyer plus tard chez les Spurs (contre George Hill). La venue d’une concurrence qui avait effrayé George car Kawhi évolue au même poste d’ailier.

Photo : Gary A. Vasquez-USA TODAY Sports

Ce double transfert change beaucoup de perspectives pour la saison prochaine du côté d’Hollywood. La franchise sort en effet d’une saison magnifique complètement inattendue. Un collectif huilé, beaucoup de matchs référence, une qualification en playoffs et une belle défaite 4-2 contre les Warriors au premier tour. La révérence est somptueuse avant les vacances. Leur apport sur le poste 3 (et probablement 4 si Kawhi glisse en allier fort) va rebattre les cartes et porter l’équipe dans les favoris de la conférence ouest la saison prochaine. Elle peut surtout compter sur une défense de fer, avec l’aide de Patrick Beverley et Montrezl Harrell qui feront les efforts avec leurs superstars.

La paire d’ailiers la plus talentueuse de toute la ligue ? Il ne fait aucun doute. Doc Rivers sera à la baguette dès le 22 octobre et a déjà déclaré avoir regardé chacun des matchs de ses deux superstars sur les deux dernières années. Une préparation qui paraît irréelle mais surtout à la hauteur des attentes qui pèsent sur ce nouveau roster. L’heure a sonné, les enfants du pays signent leur grand retour. Les Clippers s’en vont écrire l’histoire et pousser les portes d’une ère nouvelle. 2 et 13, il s’agit des numéros de maillot des deux joueurs, mais aussi de l’indicatif de Los Angeles. Destin ?

Photo : Sports Illustrated

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